Atelier Écriture(s) du temps présent : aspects méthodologiques (IHTP)

Bibliothèque de Holland House, à Londres, après un bombardement - Septembre 1940 - Image de la couverture choisie pour l'ouvrage de Siegfried Kracauer, L'Histoire des avant-dernières choses (Stock, 2006)

L’atelier se tient le jeudi de 13h à 15h30 au CNRS – 59 rue Pouchet – 75017 PARIS

La question de l’écriture de l’histoire est au cœur des débats épistémologiques et historiographiques actuels. Au regard de plusieurs parutions – La dernière catastrophe. L’Histoire, le présent, le contemporain (Henry Rousso, 2013), Croire en l’Histoire (François Hartog, 2013) ou encore l’essai récent de Jacques Le Goff, Faut-il vraiment découper l’Histoire en tranches ? (2014) – on constate aisément les intenses questionnements que la discipline historique se pose à elle-même. Impulsé par de nombreux historiens, la question historiographique et les processus qui composent l’écriture plurielle de l’Histoire sont à prendre désormais de front : périodisation, régimes d’historicités, place de la mémoire, de l’image, des nouvelles technologies, du patrimoine, des moyens de conservations, des principes de médiations …

Nous souhaitons mettre en avant, dans cet atelier doctoral, un ensemble de méthodes et d’interrogations qui nous permettront de dessiner les contours de la discipline historique actuelle. En nous concentrant sur de nombreux textes d’historiens, de philosophes, d’historiens de l’art, de sociologues etc. nous aimerions tenter un aperçu de l’ensemble des éléments qui composent l’écriture du temps présent. Il s’agit avant tout de les rassembler pour mieux les discuter, les commenter et les mettre en perspective. Du fait d’une pluralité de méthodes face aux nouvelles thématiques de l’Histoire, nous désirons confronter nos écritures aux méthodes existantes et en devenir.

Pour cela, nous organiserons les séances en deux temps. Un premier temps sera consacré à un exposé méthodologique croisant les recherches de l’intervenant(e) et un second temps nous permettra de recevoir et d’écouter un chercheur invité.

En mêlant nos propres recherches et en orientant notre propos sur nos démarches méthodologiques et en ajoutant une participation extérieure, nous espérons discuter et approcher les nouvelles démarches d’écritures de l’histoire du temps présent. Ainsi, nous nous intéresserons à des analyses transversales et intermédiales comme la place de l’image, du numérique, de la conservation de tous types d’archives, du patrimoine, des pratiques muséales etc.

Cet atelier est destiné prioritairement aux doctorants mais il est ouvert à tous.

Cet atelier suivra les séances du séminaire animé par Henry Rousso : L’histoire du temps présent en pratique : chantiers, révision, innovations (le jeudi, de 10h30 à 12h30, à l’IHTP, salle 159).

Présentation des séances

13 février 2014 – Le musée : entre contemporain et histoire – Lydie Delahaye

Dans un texte intitulé Visiter le passé, récemment publié dans la revue Débat, Krzysztof Pomian questionne à la fois l’historiographie et le concept même de musée d’histoire. À ce propos, il écrit : « Et ses frontières se sont déplacées si loin que l’on voit mal ce qui peut encore rester à l’extérieur ». Cette phrase résonne comme une double affirmation. D’une part, tout objet du passé est susceptible d’entrer au musée, mais d’autre part, tout musée exposant des objets du passé, est susceptible d’être considéré comme un musée d’histoire. Il est vrai que les pratiques contemporaines interrogent les frontières entre musée d’art et musée de société.

Si ce dernier cherche à se placer dans le contemporain, le musée d’art, même celui d’art contemporain, s’inscrit lui de plus en plus dans un rapport à l’histoire. Le présent échappant à la muséification, les objets du présent deviennent objets historiques par leur entrée au musée. Il sera donc ici question d’interroger les répercussions de ces glissements sur le discours historique que propose le musée. Et par là même, de comprendre en quelle mesure les pratiques curatoriales réinterrogent les frontières entre musée d’art et musée de civilisation.

Invité : Vincent Auzas (IHTP – CNRS)

6 Mars 2014 – Les temps de l’Histoire : temporalités, récits et chrononymes – Adrien Genoudet

En partant du dernier ouvrage de Jacques Le Goff, Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches ? et en parcourant quelques historiens qui ont pensé la temporalité de l’histoire (François Hartog, Daniel S. Milo, Henry Rousso ou encore Patrick Boucheron) nous essaierons de produire une vue d’ensemble des différentes théories et réflexions sur le temps et sa perception en Histoire.

A partir de ces constats et des nombreuses questions posées par les auteurs, nous ajouterons les écarts et les perspectives philosophiques apportés par Paul Ricoeur notamment.

Ces analyses et ces textes nous permettront de nous interroger sur la place des temps dans l’écriture de l’histoire et sur les possibles ouvertures contemporaines. Nous nous pencherons plus précisément sur le cas du « chrononyme » et sur la dimension visuelle de la temporalité du XXe siècle.

Invité : À définir

20 Mars 2014 – Comment le patrimoine s’insère-t-il dans l’écriture du temps présent ? – José Quental

Étant donné que le patrimoine « s’élabore à chaque instant » (Poulot, 2006), comment penser son rapport avec l’histoire ? Une réflexion sur le processus de patrimonialisation croise, nécessairement, plusieurs disciplines des sciences humaines : l’histoire, la sociologie, l’anthropologie, l’histoire de l’art etc. Ces angles d’approches peuvent nous apporter différents apports méthodologiques.

Dans cette séance, il s’agira d’esquisser à partir de l’analyse de quelques ouvrages la place du patrimoine dans les processus d’écritures du temps présent.

Invité : À définir

17 Avril 2014 – Image, mémoire, institution culturelle : éléments pour une réflexion sur les enjeux de la conservation et de la circulation d’images – Marina Takami

Organisée à partir de la présentation de deux cas concrets, cette séance propose une réflexion sur le rôle des institutions culturelles dans la conservation et la circulation de collections d’images tout en s’intéressant aux problématiques d’ordre technique, esthétique, politique, ainsi que économique. Une première partie abordera l’art vidéo au sein du Musée d’Art Contemporain de l’Université de São Paulo, centrée sur la collection de l’artiste brésilien Rafael França (1957-1991).

La seconde partie présente une lecture de la constitution du patrimoine cinématographique, notamment à partir du cas de la Cinemateca Brasileira, avec la participation (via skype, en français) du chercheur Fausto Douglas Correa Jr – docteur en histoire à l’Université de l’État de São Paulo avec la thèse « Le cinéma comme institution : la Fédération Internationale des Archives du Film – Fiaf (1948-1960) » et auteur du livre « La Cinemateca Brasileira : des lumières aux années de plomb », tous les deux disponibles en portugais.

Invité : Fausto Douglas Correa Jr.

15 Mai 2014 – L’imprécision de l’image internet pour rapporter, sans recul, l’histoire? – Alain Zind

Depuis le 11 septembre 2001, et par extension la guerre en Irak, le rapport à l’événement historique a fortement changé. D’une part, l’attentat de New York, à la seconde même de son déroulement, a vu sa durée, sa captation et sa projection démultipliés par les innombrables points de vue, amateurs ou professionnels – conscients d’avoir enregistré un tournant majeur de l’histoire du XXIème siècle. D’autre part, la liberté offerte par le numérique et internet a permis, durant le second conflit Irakien, d’avoir à sa disposition une multiplicité de documents d’archives, sans traitement et sans le filtre de l’armée.

Or, il est aujourd’hui difficile de documenter toutes ces images. Ces problèmes de source empêchent justement l’historien d’avoir une vue suffisamment large pour appliquer le nécessaire travail critique. Dans ce cas, comment étudier ces « fragments internet »? Sont-ils recevables comme archives ?

Afin d’esquisser une méthodologie de cette étude, les textes de Roland Barthes, Antoine Prost, Jacques Rancière ou encore ceux d’Harun Farocki et Serge Daney seront mobilisés et analysés.

Organisation : Lydie Delahaye, Adrien Genoudet, José Quental, Marina Takami, Chunchun Wang, Alain Zind.

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