Pratique cinématographique de la Mémoire

Dans le cadre des Ateliers Artistiques de Sciences Po Paris, un des ateliers portait sur la mise en questionnement de la notion historique de « mémoire » dans le cinéma documentaire. Ce cours, que j’ai eu le plaisir d’animer, a permis aux étudiants de deuxième année de s’interroger plus généralement sur les pratiques historiennes de l’image et sur les problématiques que ces différentes appropriations et utilisations posent au contemporain.

Notre Dame de Bon Accueil - Réalisation : Avril 2013

En prenant la notion complexe et débattue de « mémoire », nous avons pu, au fil des séances, mettre en avant les problèmes intimes que cette notion pose aux domaines artistiques – et plus spécialement au champ cinématographique – et à la discipline historique. Pour appréhender plus justement ces questions essentielles, les étudiants ont été invités à écrire, à mener des entretiens, puis réaliser un court métrage en entier sur cette thématique large.

De janvier à avril, les 18 étudiants de l’atelier, répartis en groupes de trois ou de deux, ont pu écrire, organiser, filmer et monter un court métrage. Au regard des différentes productions, j’ai décidé de mettre à la disposition des lecteurs de Culture Visuelle, trois réalisations qui méritent, à mon sens, une certaine publicité.

Les films sont présentés accompagnés d’un synopsis écrit par un des étudiants du groupe. Il est évident qu’il convient de voir ces différentes réalisations en prenant conscience de la démarche encadrée de ces films et de leur caractère amateur. En effet, la plupart des étudiants n’avaient jamais été confrontés à un tel exercice de réalisation. Je précise également que les synopsis ont été rédigés avant la réalisation – ce qui permet de voir ici l’évolution des projets. Dans tous les cas, les résultats sont impressionnants.

Je tiens ici à remercier vivement tous les étudiants de cet Atelier Artistique pour leur intérêt, leur participation et leur créativité.

  • Notre Dame de Bon Accueil

Réalisation : Lisa Gerbal, Chloé Romagné, Lucie Valet

Imaginez vous le bruit des brasseries, l’odeur du café torréfié, le défilé incessant des camionnettes de peinture, tout cela autour d’une villa bourgeoise du XIXe, propriété de riches industriels. L’image est somme toute singulière. Aujourd’hui encore, la villa semble hors du temps et de l’espace, pourtant les entrepôts de peintures et les brasseries Daumesnil ont bien disparu.

La mémoire du quartier, c’est  une vieille dame de 94 ans, pas très commode à ce qu’il paraît, qui la détient. Elle y a tout vu, tout vécu: les brasseries, les peintures Valentine et la famille d’industriels propriétaire de la maison, puis les Allemands,  puis la grande transformation des années 60 et la construction du nouveau quartier avec ses complexes hôteliers. Cette femme, comme la maison est un témoin vivant de ce passé.

D’autres personnes la connaissent cette histoire. Ce sont les frères maristes qui habitent la villa depuis les années 50. Havre de paix en plein Paris, plutôt singulier là encore. Frère Aimé, le plus marseillais des parisiens, aime nous faire partager ce qu’il sait de cette histoire. L’histoire pourrait s’arrêter là mais des étudiants syriens, grecs, mexicains, libanais écrivent avec les frères, la deuxième vie de cette gentilhommière.

  • La Maison des Métallos, un lieu pluriel

Réalisation : Palmyre Bétrémieux, Arianne Kupferman-Sutthavong, Laëtitia Romain

En sortant d’une pièce de théâtre, des spectateurs s’attardent dans le grand hall. D’autres montent discuter autour d’un verre, sur la mezzanine. Ont-ils conscience que la Maison des Métallos n’est pas un lieu au nom anodin? La programmation est très au point sur l’actualité artistique contemporaine. La mémoire du bâtiment n’en reste pas moins vive, à travers une histoire qui se raconte (Antoine Romana, comédien), à travers une volonté de la transmettre (la direction de la Maison) et à travers un soucis de la préserver (le Comité Métallos et l’Institut d’Histoire Sociale, rattaché à la CGT). Très vite, on s’aperçoit que, tout en gardant une certaine continuité, ce sont plusieurs mémoires qui se confrontent et différentes façons de l’exploiter qui tiraillent la maison, révélant toute la complexité de la gestion d’une mémoire ouvrière par un établissement culturel.

  • La Mémoire de la mafia italienne

Réalisation : Pierre Calais, Hadrien Retord

La mafia existe, elle est là, tu ne la vois pas, mais elle te connait, elle te voit, elle ne te laissera pas faire n’importe quoi. Tu veux savoir ce qu’est la mafia ? Dis-moi plutôt ce que tu sais d’elle… Des hommes bien sapés, qui parlent fort, avec un accent italien, un cigare dans la bouche, et un borsalino pour couvrir un crâne bien fourni en cheveux poivre et sel ? Tu es allé voir Don Corleone trop de fois mon petit. Trop d’idées reçues, trop d’a priori, trop d’imprécisions, trop de clichés cinématographiques pour savoir réellement ce qu’est la mafia. Tu te crois encore dans les années 1930 ? Moi, je te montrerai ce qu’a été la mafia en Italie, images et films authentiques à l’appui. Je te ferai entendre le témoignage d’un calabrais ; lui sait de quoi il parle ; lui sait ce qu’il a vécu ; lui sait. Je te ferai entendre les commentaires d’un spécialiste ; tu comprendras alors que l’image que tu as de la mafia italienne est bien le reflet d’un mythe, plus que le reflet de la réalité. Découvre, écoute et regarde ce qu’est la représentation de la mafia italienne en France. Laisse-les te conter la véritable histoire de la mafia italienne. Pas l’histoire selon Coppola ; pas l’histoire selon de Palma ; l’histoire selon ceux qui ont appris à connaitre la mafia. Ils t’expliqueront pourquoi la mafia se résume aux Incorruptibles et au Parrain à tes yeux. Ils t’expliqueront pourquoi la mafia te fascine tant alors que tu la connais si peu.

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