Jeu de Mémory

Regarder une carte, ses couleurs et ses motifs ; la retourner et la retrouver, plus loin, dans le tas des autres cartes. Le plaisir de la retrouver, en double. On a tous aimé cette sensation de quête du même lorsqu’on jouait à ce jeu du Mémory enfant. J’y ai rejoué, il y a peu, pour occuper mes pensées sur Internet et l’effet a été immédiat : toute recherche était bonne à rechercher du même dans les images de mon entourage.

C’est en prenant le métro, hier, que mon penchant de joueur s’est à nouveau manifesté. Quelques pas dans le métro, quelques minutes d’attente et un face à face, comme toujours, avec une affiche. L’affiche du nouveau film d’Oliver Stone, Savages, qui sort en salle aujourd’hui (26 septembre). Plusieurs volets, aux teintes diverses, quelques personnages, un étalonnement, sur l’affiche, de plusieurs scènes. L’affiche est traversée, verticalement, par le titre, impérieux, en lettres blanches massives.

Affiche du film Savages, réalisé par Oliver Stone, 2012.

Alors jouons quelques instants…

Dans ses motifs, dans sa composition, l’affiche est une reproduction, presque trait pour trait avec celle du film d’Alejandro Gonzàlez Inarritu, Babel (sorti en salle en novembre 2006). Film choral, qui étale une intrigue sur plusieurs continents, mettant en scène plusieurs personnages de nationalités différentes. Ainsi, l’affiche proposée par Paramount Pictures venait illustrer les différents personnages et les différents lieux qui allaient composer l’intrigue. L’affiche, plus sombre, venait souligner le caractère dramatique du film et le titre, massif, vertical, en lettres blanches, apportait un lien entre ces différents volets. La verticalité, en un sens, rappelait la tour de Babel.

Affiche du film Babel, réalisé par Alejandro Gonzalez Inarritu, 2006.

Dès l’annonce de l’affiche, en avril 2012, certains internautes avaient déjà relevé cette similitude. L’affiche de Savages est plus colorée et les volets représentent avant tout les différents personnages. Le titre, dans toute sa verticalité, vient tisser un lien entre les personnages, annonçant un entremêlement, des relations et des interrelations. Mais au-delà de ces différents éléments d’analyses primaires, il semble bien qu’on soit en face d’une résurgence visuelle, dans l’espace public, d’une même affiche, d’une même image. A quelques détails près. A la vision de la Bande Annonce de Savages, les deux films semblent plutôt opposés. Quelle est la volonté de la distribution en France (le film d’Oliver Stone est distribué par Pathé, Babel l’était par Mars Distribution) ? Est-ce une référence, un hommage ? Y-a-t-il une volonté de rappeler l’affiche de Babel à la mémoire des spectateurs pour susciter la curiosité, l’intérêt ? Est-ce délibéré ou pas ? Est-ce une volonté purement commerciale ? A suivre…

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4 réflexions sur “Jeu de Mémory

  1. Si les lettres sont désaxées n’est-ce pas parce que déjà la tour vacille ? Le mot « BABEL » ne crée pas de lien, il divise horizontalement et verticalement l’image. Avant le film, il faudra se rappeler (par l’affiche) que la tour est déjà effondrée… Très étrange, en effet, cette reprise qui semble ne pas avoir de sens, si ce n’est la formation du X (je n’avais même pas remarqué).

    • @Elise, merci pour ton commentaire. J’aime bien ton analyse de la « tour qui vacille » qui s’ajoute aux quelques analyses précédentes. Le titre affiché de cette manière donne tout de même l’envie de penser (surtout lorsqu’on connaît le film) qu’il y a des liens entre ces images (entre ces histoire) qui existent. Le fait qu’il soit si imposant et si marqué donne plus l’impression d’une agglomération que d’une division. Et c’est ce qu’on retrouve sur l’affiche de Savages, qui reprend ce même principe (le titre allie dans un même ensemble les personnages: qui se retrouvent confronter à une même histoire). D’ailleurs le plagiat -si on garde cette idée -est aussi en ce sens « idéologique » parce qu’il y a mimétisme dans l’idée même de la symbolisation d’une agglomération par l’affichage transversal du titre. Par contre, et là c’est certain qu’il y a une différence marquée, c’est que l’auteur de l’affiche de Babel s’est appliqué à créer un déséquilibre dans les lettres qui rend l’ensemble moins monolithique que dans l’affiche de Savages.

  2. Autant un mot simple comme Babel ne pose aucun problème lorsqu’il est composé verticalement, autant des mots plus longs et moins courants (comme « savages »), peuvent être mal lus, du moins mal perçus à la première lecture ; et cet effet est accentué par l’ambigüité que provoquent les lettres V et A, qui, l’une au-dessus de l’autre, et qu’on le veuille ou non, forment un « X », ce qui brouille le message encore plus (mais n’est-ce pas conscient ?)… De plus, sur l’affiche de « Babel », au-delà de la pertinence qui consiste à faire correspondre le nombre et la personnalité des lettres au détachement des séquences en regard, le graphiste a pris soin (touche finale) de légèrement désaxer chaque lettre, comme pour s’excuser de ce genre de composition hérétique… et le résultat est bien venu. Sans parler de l’importance du noir, sans lequel l’affiche perdrait évidemment de la force. Sur celle de « Savages » il n’y a apparemment aucune raison objective de détacher des lettres comme pour signifier des séquences différentes et interdépendantes (comme pour ce film « choral », Babel)… Je m’interroge aussi : est-ce donc un plagiat pur et simple ?, au mieux de l’amateurisme ? à moins qu’il ne s’agisse du même auteur, mais ça m’étonnerait…

    • @Alem Alquier. Merci pour votre commentaire et ces remarques. En effet, il y a une différence marquée entre les deux affiches au niveau des lettres, de leur disposition et de leur signification. Pour les questions, elles restent soulevées. J’ai cherché, en vain, un des auteurs des deux affiches. Ce qui est à mon avis certain, c’est qu’il ne s’agit pas d’un même auteur étant donné que les maisons de distributions (et de production) ne sont pas les mêmes. J’opte pour l’instant pour l’option du plagiat…mais c’est le but qui m’échappe. Le plus souvent, un auteur fait référence à une autre affiche pour rendre un hommage, pour réutiliser un motif qui aurait choqué l’opinion (et donc permettre de jouer avec le buzz etc, donc dans un but commercial). Mais lorsqu’on regarde les chiffres de Babel, ce film a certes été bien reçu en France, mais de là à réutiliser l’affiche…mystère.

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